D-Day et la bataille de Normandie par A. Beevor
En passage en librairie en septembre, j’avais été surpris de trouver cette édition du livre de A. Beevor en français alors que celle-ci ne devrait sortir en VO qu’en octobre (une traduction avant la VO, c’est plutôt rare). Anthony Beevor est un historien britannique que l’on en présente plus et qui a nous a déjà gratifié de plusieurs ouvrages de qualité sur le conflit (Stalingrad, Berlin: The Downfall 1945, ou encore The Battle for Spain: The Spanish Civil War 1936–39). Il s’attaque cette fois à un monument du conflit avec la bataille de Normandie. D-Day et la bataille de Normandie fait le choix de ne pas s’arrêter au seul traitement de la bataille des plages mais présente l’ensemble de la campagne de l’embarquement en Angleterre jusqu’à la prise de Paris. On y découvre un style d’écriture qui passe des considérations stratégique et des réflexions des grands acteurs du conflit (Roosevelt, Churchill, Staline, Eisenhower, de Gaulle) à une vision proche du soldat avec de nombreux compte rendu de ces derniers. Le livre fait un tour large et concis de la question et rends un hommage particulier à la population civile normande qui a subit les effets collatéraux de cette énorme bataille d’attrition (les pertes des divisions allemandes, 2000 hommes/division/mois étaient le double de celle du front de l’Est). Le livre rend très bien l’ambiance de cette bataille, et apporte à travers un nombre important d’anecdote une vision très humaine de celle-ci.
On y trouve une description détaillée de la vision stratégique de chaque camp et bien que l’auteur soit anglais, celui-ci fait une critique assez acerbe des décisions de Montgomery particulièrement en rapport à l’inaction devant Caen et dans le chapitre sur la poche de Falaise. Les pertes dues au feu ami, causées le plus souvent suite à des problèmes de communication ou à la gâchette nerveuse de soldat américain sont traitées en détails ainsi que le gâchis de l’opération Cobra. Le livre mélange en permanent les visions des belligérants sur la situation et l’on passe ainsi d’un camp à l’autre pour confronter les points de vue. L’auteur cherche aussi à casser quelques légendes comme celle de l’efficacité de l’arme aérienne dans sa lutte contre les blindés. Les jabbos bien que capable de détruire facilement les véhicules non-blindé, n’ont finalement infligé que peu de pertes aux chars d’après les chiffres américains réuni après la bataille. On y retrouve bien sur tous les grands classiques, avec la bataille des plages, Villers-Bocage, ou encore la prise de Paris. Patton et l’efficacité de la 3ème armée seront de la partie lors de la course vers la seine, celle étant seulement ralentie dans son élan par des problèmes de logistique. Beevor fait aussi le point sur la qualité des actions de la résistance en Normandie et en Bretagne qui ont eu un impact sur la capacité de réaction allemande et donne un aperçu de l’avis partagé des alliés sur la France libre qui allait de l’animosité déclarée de Roosevelt pour de Gaulle à la francophilie de Churchill. Ce livre se lit comme un roman, et une fois terminé vous donne l’envie irrépressible de vous lancer dans une petite partie de Liberty Roads.
Ca tombe bien, j’ai fini le livre depuis quelques semaines et j’ai commandé liberty roads hier …
Tiens, tu me fais envie… après avoir lu qques critiques négatives sur strategikon, j’avais pas envie de le lire. Si j’ai bien compris, toi, tu le conseilles ?
Disons qu’il ne faut pas chercher dans ce livre une analyse très poussée au niveau stratégique, mais plutôt un survol introductif et surtout un livre qui retranscrit assez bien l’ambiance de la bataille. Ce que n’aiment pas certaines personnes, c’est l’abus d’anecdotes (le livre en est rempli), mais je trouve que ceci apporte une vision plus humaine de la guerre (ce dont de nombreux théoriciens sur carte se tamponnent assez souvent). En tout cas moi, j’ai apprécié même s’il y a quelques erreurs et approximation par-ci par-là et disons que sur Strategikon il y a avait surtout quelqu’un qui n’aime pas et qui le dit dans la moitié des posts du sujet
Peut être que Cdric qui l’a aussi lu pourra nous donner son avis en complément?
Oui j’accroche pas trop Beevor, mais chacun ses goûts.
J’apprécie de plus en plus les ouvrages historiques remplis d’anecdotes, donc ce n’est pas un point qui m’a dérangé. C’est au travers d’anecdotes qu’on retrouve l’ambiance qui devait prévaloir à l’époque. La grande stratégie et l’exposé des doctrines tactiques étant généralement très froide si elle ne sont pas enrobée d’un peu de vécu.
J’ai l’impression que le succès de Beevor l’a rendu peu populaire au sein des historiens pures et dûrs dont je ne fais pas partie. Je ne suis certainement pas assez qualifié pour juger de la qualité historique de ce livre, mais le tout me paraît autant étayé que d’autres ouvrages plus austères.
Dans tous les cas je pense qu’il s’agit d’un excellent livre pour une découverte pointue du sujet. Si vous avez déjà lu 10 ouvrages sur la libération de la France et que les anecdotes ne vous intéressent pas, attendez la version poche …
Cdric
Merci les gars…
Bon, je finis le livre de Lopez sur Stalingrad, celui de MacMillan sur les artisans de la paix et celui de Merchet : Mourir pour l’Afghanisan, les derniers Battles et Vae Victis et je regarde si il me reste du temps…
Si vous aimez les anecdotes lisez ce livre :
Le Troisième Reich 1939-1945 : Volume 3 (Relié)
de Richard J. Evans
Il y a aussi beaucoup d’anecdotes mais elles font froid dans le dos qu’elles soient racontées par les bourreaux ou les victimes elles sont terribles.
A oui ce livre raconte la partie militaire mais pas en profondeur c’est surtout une histoire de l’Allemagne et du 3ème Reich. Mais ce livre est tout simplement passionnant il fait 900 pages et je l’ai lu aussi vite qu’un bouquin de 200 pages.
Concernant la petite histoire dans la grande histoire. Ca devient de plus en plus courant. Dans Apocalypse (le documentaire passé à la TV), c’est ça : on suit de petites gens pris dans la tourmente. Ca permet aussi de relativiser les choses, de rendre plus humain…
Ben finalement, je vais surement craquer pour ce Beevor. Merci les gars